Published on March 15, 2024

La prospérité durable ne viendra pas de la décroissance forcée, mais d’une révolution du modèle économique : passer de la vente de produits à celle de leur performance.

  • Le PIB est un indicateur obsolète qui ignore la valeur immatérielle et les coûts écologiques, rendant nos boussoles économiques inefficaces.
  • L’économie de la fonctionnalité, en vendant l’usage plutôt que l’objet, incite à la durabilité, la réparabilité et l’efficience, créant une croissance découplée de la consommation de matière.

Recommandation : Les entreprises doivent dès maintenant analyser comment transformer leurs produits en services pour gagner en résilience et capter une nouvelle valeur, celle de l’économie de l’usage.

La question hante les débats publics et les conseils d’administration : comment concilier l’impératif de croissance économique, moteur de l’emploi et de l’innovation, avec les limites physiques de notre planète ? Depuis des décennies, la conversation semble piégée dans une opposition stérile. D’un côté, les partisans d’une “croissance verte” qui tarde à prouver sa capacité à réellement réduire notre empreinte globale. De l’autre, les avocats d’une “décroissance” souvent perçue comme un projet punitif et socialement risqué. Cette vision binaire nous empêche de voir l’essentiel.

Le problème n’est peut-être pas la croissance en soi, mais sa définition et, surtout, ses moteurs. Nos outils de mesure, hérités de l’ère industrielle, sont devenus inaptes à évaluer une économie de plus en plus numérique et servicielle. Et si la véritable clé n’était pas de choisir entre “plus” et “moins”, mais de viser le “mieux” ? Si la solution résidait dans une transformation structurelle de ce qui constitue la valeur économique ? C’est le pari de l’économie de la fonctionnalité : un modèle qui ne cherche plus à vendre un maximum de produits, mais à optimiser leur usage et leur performance.

Cet article propose une analyse prospective et réaliste pour sortir de l’impasse. Nous verrons d’abord pourquoi nos indicateurs traditionnels sont dépassés, avant d’explorer comment l’économie de la fonctionnalité, soutenue par des innovations comme l’IA, offre une voie crédible. Nous analyserons les signaux qui montrent que cette transition est déjà en marche et les défis concrets à relever pour la généraliser, afin de bâtir une prospérité véritablement durable.

Pour naviguer au cœur de cette transformation économique, cet article est structuré pour vous guider pas à pas, du constat des limites actuelles aux solutions concrètes pour l’avenir.

Pourquoi le PIB ne mesure plus correctement la santé d’une économie numérique et servicielle ?

Le Produit Intérieur Brut (PIB) est la boussole de nos économies depuis près d’un siècle, mais il pointe de plus en plus dans la mauvaise direction. Conçu pour une ère industrielle, il mesure la production de biens et services marchands, mais reste aveugle à des pans entiers de la valeur créée aujourd’hui. Il ignore la valeur immense des services numériques gratuits (recherche en ligne, réseaux sociaux, logiciels open-source) et peine à quantifier l’amélioration de la qualité des produits à prix constant. Pire, il comptabilise positivement des activités qui détruisent du bien-être, comme les coûts liés à la pollution ou aux accidents, tout en ignorant le travail bénévole ou domestique.

Cette inadéquation pose un problème fondamental : si nous mesurons mal, nous pilotons mal. En se focalisant sur le volume de production, le PIB nous incite à poursuivre un modèle extractiviste et consumériste, même quand celui-ci atteint ses limites écologiques et sociales. Le véritable objectif d’une économie ne devrait pas être la croissance pour la croissance, mais le bien-être de ses citoyens à l’intérieur des limites planétaires. Comme le formule l’économiste Kate Raworth, architecte de la “Théorie du Donut” :

Nous avons une économie qui a besoin de croître, que cela nous fasse nous épanouir ou non. Nous avons besoin d’une économie qui nous fasse nous épanouir, qu’elle croisse ou non.

– Kate Raworth, Doughnut Economics

Face à ce constat, des territoires pionniers comme Grenoble commencent à expérimenter de nouvelles boussoles. En adoptant la Théorie du Donut, la ville cherche à piloter ses politiques publiques non plus sur le seul critère du PIB, mais en visant à la fois un “plancher social” (accès à la santé, éducation, logement) et un “plafond écologique” (climat, biodiversité). Cette approche reconnaît qu’une véritable prospérité n’est pas qu’une question de chiffres, mais d’équilibre.

Le défi est donc de passer d’une logique quantitative à une approche qualitative de la richesse, où l’innovation sert le bien-être collectif plutôt que la simple accumulation matérielle.

Comment orienter la R&D vers l’économie de la fonctionnalité pour créer de la valeur sans matière ?

Si le but n’est plus seulement de produire plus, mais de produire mieux, la recherche et le développement (R&D) doivent changer de cible. La solution réside dans le passage à une économie de la fonctionnalité et de la coopération. Le principe est simple mais révolutionnaire : au lieu de vendre un produit (une ampoule, une voiture, une machine à laver), l’entreprise vend une performance, un service, un usage (la lumière, la mobilité, le linge propre). Ce changement de modèle économique découple la création de valeur de la consommation de matière.

Dans ce cadre, l’intérêt de l’entreprise n’est plus de vendre des objets à durée de vie limitée pour stimuler le renouvellement, mais au contraire de concevoir des produits extrêmement durables, modulaires et faciles à réparer, car elle en reste propriétaire et responsable tout au long de leur cycle de vie. La valeur se déplace de l’objet physique vers l’intelligence, le service et l’optimisation. La R&D ne se concentre plus seulement sur la conception initiale, mais sur l’ensemble du système qui garantit la performance promise au client.

Représentation visuelle de la transition de la propriété vers l'usage avec éléments symboliques de services partagés

Cette transition vers une économie de l’usage, comme l’illustre cette vision d’un espace collaboratif et serviciel, nécessite une R&D orientée vers trois axes stratégiques interconnectés. Pour les entreprises qui souhaitent s’engager sur cette voie, le chemin est balisé et demande une approche systémique.

Plan d’action : les 3 axes de R&D pour l’économie de la fonctionnalité

  1. Axe technologique : Lister tous les points de contact produit pour développer l’écoconception, la modularité et la durabilité extrême des composants.
  2. Axe organisationnel : Collecter les processus existants pour mettre en place la logistique inverse (récupération des produits) et les systèmes de reconditionnement à échelle industrielle.
  3. Axe numérique : Confronter les capacités actuelles aux besoins pour déployer des plateformes IoT de maintenance prédictive et des jumeaux numériques afin d’optimiser le cycle de vie complet du parc de produits.
  4. Axe de mémorabilité : Repérer les interactions uniques vs génériques pour créer une expérience de service client qui renforce la fidélité au-delà du produit.
  5. Plan d’intégration : Identifier et combler les lacunes pour remplacer progressivement la vente par des offres de service, en priorisant les segments clients les plus réceptifs.

En se concentrant sur ces axes, les entreprises peuvent non seulement réduire leur impact écologique, mais aussi créer des avantages concurrentiels robustes et des relations clients beaucoup plus fortes, basées sur la confiance et la performance à long terme.

Décroissance ou Croissance verte : quel scénario préserve réellement l’emploi à long terme ?

Le débat entre croissance verte et décroissance masque souvent la question centrale : l’emploi. La décroissance, en postulant une réduction planifiée de la production, fait craindre une destruction massive d’emplois. La croissance verte, de son côté, promet de nouvelles opportunités dans les énergies renouvelables ou l’efficacité énergétique, mais son bilan net sur l’emploi reste incertain et parfois dépendant de technologies encore immatures. L’économie de la fonctionnalité offre une troisième voie pragmatique, qui transforme la nature même du travail et de l’emploi.

En déplaçant la valeur du produit vers le service, ce modèle est par nature intensif en main-d’œuvre qualifiée. Plutôt que de maximiser la production de masse, souvent automatisée et délocalisée, il nécessite des compétences locales pour la maintenance, la réparation, le reconditionnement, la logistique inverse et la gestion de la relation client. Michelin, par exemple, en vendant des kilomètres parcourus plutôt que des pneus, a intérêt à optimiser leur durabilité et à développer des services de suivi, créant des emplois de techniciens et d’analystes de données qui n’existaient pas dans le modèle transactionnel classique.

Cette transformation est au cœur des stratégies de villes comme Amsterdam. En visant une économie totalement circulaire d’ici 2050, la ville ne fait pas qu’un choix écologique ; elle mise sur la création d’un tissu économique local et résilient. Le projet de quartier résidentiel Strandeiland, conçu avec des matériaux durables et une forte mixité sociale, illustre cette vision où la construction et la gestion du bâti deviennent des sources d’emplois pérennes, liés à l’entretien et à l’optimisation des ressources sur le long terme, plutôt qu’à des cycles de construction-démolition.

Ce scénario ne nie pas la croissance ; il la redéfinit. Il s’agit d’une croissance qualitative riche en emplois non délocalisables, qui répond aux besoins des citoyens tout en régénérant les écosystèmes. C’est un modèle distributif et régénératif par nature, qui favorise un développement durable respectueux des limites planétaires.

L’enjeu n’est donc pas de travailler moins, mais de travailler différemment, en se concentrant sur des activités à plus forte valeur ajoutée humaine et à plus faible impact matériel.

Le danger de la croissance à crédit qui menace la stabilité financière mondiale

Le modèle de croissance actuel ne se heurte pas seulement à des limites écologiques, mais aussi à des fragilités financières structurelles. Pour maintenir des taux de croissance élevés dans des économies matures, nous avons eu recours massivement à l’endettement, qu’il soit public, privé ou celui des entreprises. Cette croissance financée par le crédit crée une illusion de prospérité tout en accumulant des risques systémiques. L’obsession pour l’efficacité à court terme, illustrée par des chaînes d’approvisionnement à flux tendu et une financiarisation extrême, a rendu notre système économique mondial à la fois performant et incroyablement vulnérable, comme la crise de 2008 l’a brutalement rappelé.

Aujourd’hui, cette vulnérabilité se manifeste différemment. Les politiques monétaires expansionnistes, nécessaires pour soutenir l’économie, ont contribué à des bulles spéculatives et à une montée de l’inflation. Cette dernière n’est plus un concept abstrait pour économistes ; elle est devenue une réalité anxiogène pour les ménages. Une étude récente confirme que pour près de 85% des Français, l’inflation est la principale préoccupation, éclipsant d’autres sujets. Cette angoisse économique pèse sur la consommation et la confiance, créant un cercle vicieux où la solution (soutenir la demande) aggrave le problème (l’endettement et la pression inflationniste).

Cette situation met en lumière un paradoxe fondamental de notre système. Comme le souligne Kate Raworth, il existe une tension constante entre efficacité et résilience. “Trop d’efficacité rend le système vulnérable […] et trop de résilience fait stagner : la vitalité et la robustesse supposent un équilibre entre ces deux extrêmes”. Notre quête effrénée d’une croissance quantitative, dopée au crédit, nous a fait sacrifier la résilience sur l’autel de l’efficacité à court terme.

L’économie de la fonctionnalité, en favorisant des cycles plus longs et des revenus récurrents basés sur des services, offre un modèle intrinsèquement plus stable. Elle réduit la dépendance aux cycles de consommation frénétiques et ancre la valeur dans des performances réelles et mesurables, plutôt que dans l’anticipation d’une croissance future financée par la dette.

Il s’agit de construire une économie qui ne vit pas au-dessus de ses moyens, ni écologiques, ni financiers, en trouvant un juste équilibre entre performance et robustesse.

Problème de stagnation séculaire : comment l’IA peut-elle relancer la productivité des services ?

Depuis des décennies, les économies développées font face à un ralentissement de la croissance de la productivité, un phénomène connu sous le nom de stagnation séculaire. Ce ralentissement est particulièrement marqué dans le secteur des services, qui représente pourtant l’essentiel de notre activité économique. L’intelligence artificielle (IA) est souvent présentée comme la technologie qui pourrait enfin briser ce plafond de verre. Cependant, son impact dépendra crucialement de la manière dont nous l’utilisons : va-t-elle simplement optimiser un modèle polluant ou catalyser la transition vers une économie durable ?

L’IA peut en effet générer deux types de gains de productivité très différents. D’un côté, des gains “bruns” qui consistent à rendre plus efficaces des processus existants sans en changer la nature (par exemple, optimiser les itinéraires de camions pour livrer plus de produits). De l’autre, des gains “verts” qui transforment le modèle économique pour réduire l’impact écologique (par exemple, optimiser le taux de remplissage d’un service de covoiturage ou la maintenance prédictive d’un parc de machines louées).

Visualisation abstraite de l'intelligence artificielle transformant les services avec métaphore de flux d'énergie verte

C’est dans le cadre de l’économie de la fonctionnalité que l’IA déploie tout son potentiel “vert”. Elle devient le moteur qui permet de passer de la vente d’un produit à la garantie d’une performance. Grâce à des capteurs IoT et à des algorithmes prédictifs, l’IA peut anticiper les pannes, optimiser la consommation d’énergie d’un équipement en temps réel, et gérer la logistique complexe d’un parc de produits partagés. Elle permet de maximiser le taux d’usage d’un bien, qui est le véritable levier de productivité dans une économie servicielle.

Le tableau suivant illustre la distinction fondamentale entre ces deux types de gains de productivité, un enjeu clé pour orienter l’innovation technologique vers un modèle soutenable.

Gains de productivité ‘bruns’ vs ‘verts’ de l’IA
Type de gains Description Impact écologique Exemple concret
Gains ‘bruns’ Optimisation de processus existants sans changement de modèle Négatif ou neutre Optimisation logistique d’un transporteur routier
Gains ‘verts’ Transformation du modèle pour réduire l’impact Positif Optimisation du taux de remplissage d’un service de covoiturage

La véritable révolution de la productivité ne viendra pas de l’IA seule, mais de son application à des modèles économiques qui valorisent l’efficience des ressources et la durabilité des services.

Pourquoi l’indice de réparabilité impacte-t-il désormais les ventes de l’électroménager ?

L’indice de réparabilité, mis en place en France, est bien plus qu’une simple étiquette informative. C’est un signal faible mais puissant qui témoigne d’un changement profond dans les attentes des consommateurs et qui préfigure les dynamiques de l’économie de la fonctionnalité. En rendant visible et comparable la capacité d’un produit à être réparé, cet indice a commencé à infléchir concrètement les comportements d’achat, prouvant qu’une part croissante du public ne se satisfait plus du modèle de l’obsolescence programmée.

Les chiffres sont éloquents et montrent une corrélation directe entre la réparabilité et la performance commerciale. Selon une étude de la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP), les ventes d’appareils avec un indice supérieur à 8/10 ont augmenté de 42% depuis sa mise en place. Ce résultat démontre que la durabilité est devenue un véritable critère de choix et un avantage concurrentiel. Les consommateurs, échaudés par des produits jetables et soucieux de leur pouvoir d’achat et de l’environnement, plébiscitent les marques qui jouent la carte de la transparence et de la longévité.

Cette tendance est renforcée par des dispositifs comme le “bonus réparation”, qui incite financièrement les particuliers à faire réparer leurs appareils plutôt qu’à les remplacer. Le succès de ce bonus a été fulgurant, avec près de 715 000 réparations en 2024, soit quatre fois plus qu’en 2023. Cette dynamique crée un cercle vertueux : elle soutient l’émergence d’un secteur de la réparation, crée des emplois locaux de techniciens et envoie un signal fort aux fabricants pour qu’ils intègrent la réparabilité dès la conception de leurs produits. Cependant, ce succès crée aussi de nouvelles tensions, comme le besoin criant de former de nouveaux techniciens pour répondre à la demande.

L’indice de réparabilité est donc une première étape concrète vers l’économie de la fonctionnalité. En habituant les consommateurs et les industriels à penser en termes de cycle de vie complet et de coût total d’usage, il prépare le terrain à des modèles où la performance et la disponibilité du service primeront sur la possession de l’objet.

Pour les entreprises, ignorer ce mouvement n’est plus une option ; c’est une opportunité à saisir pour construire une relation de confiance durable avec leurs clients.

Problème de ressources : comment maintenir le niveau de vie avec moins d’énergie disponible ?

La question de la disponibilité énergétique est au cœur de l’équation de la prospérité durable. La transition vers des énergies décarbonées, bien qu’indispensable, se heurtera à des contraintes physiques et à des enjeux de rythme de déploiement. Face à une potentielle contraction de l’énergie nette disponible, la crainte d’une baisse du niveau de vie est légitime. Maintenir, voire améliorer, notre qualité de vie avec moins de ressources matérielles et énergétiques semble être un casse-tête insoluble si l’on reste dans le paradigme actuel.

Pourtant, c’est précisément le défi que l’économie de la fonctionnalité est conçue pour relever. Le niveau de vie n’est pas directement corrélé à la quantité de biens que nous possédons, mais à l’accès aux fonctions que ces biens nous procurent : le confort, la mobilité, la communication, la culture. En se concentrant sur la fourniture de ces services de manière optimisée, l’économie de l’usage permet un découplage radical entre bien-être et consommation d’énergie. Un véhicule autonome et partagé qui fonctionne 70% du temps procure bien plus de “service de mobilité” qu’une voiture personnelle utilisée seulement 5% du temps, et ce pour une fraction de l’énergie et des matériaux globaux.

Ce modèle pousse à une efficacité radicale. Lorsqu’une entreprise est responsable de la facture énergétique d’un parc d’équipements qu’elle loue, son intérêt économique est de concevoir les appareils les plus sobres possibles. L’innovation se déplace de la performance brute vers le rendement énergétique et la minimisation du coût total d’opération. On ne vend plus un système de chauffage, mais des degrés de confort garantis, ce qui incite à investir massivement dans l’isolation, la régulation intelligente et la récupération de chaleur.

Ce changement de perspective montre que la contrainte sur les ressources n’est pas forcément synonyme de régression. Elle peut être un puissant catalyseur d’innovation vers des solutions plus intelligentes, plus servicelles et finalement plus créatrices de bien-être. Comme le rappelle Kate Raworth, le chemin que nous choisissons n’est pas une fatalité. “Le Donut nous dit qu’un autre chemin est possible et que c’est donc une question de choix politiques“, et de modèles économiques.

L’enjeu est d’investir massivement dans l’intelligence servicielle plutôt que dans la multiplication des objets, pour faire plus et mieux avec moins.

À retenir

  • Le PIB est un indicateur du XXe siècle, inadapté pour piloter une économie numérique et servicielle, car il ignore la valeur immatérielle et les externalités environnementales.
  • La transition vers l’économie de la fonctionnalité, où l’on vend l’usage plutôt que le produit, est la voie la plus crédible pour découpler la prospérité de la consommation de ressources.
  • Des signaux concrets, comme l’impact de l’indice de réparabilité sur les ventes, montrent que les consommateurs sont prêts pour ce changement de paradigme vers plus de durabilité.

Comment passer de la vente de produits à la vente d’usage (économie de la fonctionnalité) ?

La transition de la vente de produits à la vente d’usage représente un changement de paradigme majeur pour une entreprise, mais ce n’est plus une simple option théorique. C’est une trajectoire stratégique rendue de plus en plus nécessaire par les contraintes de ressources et de plus en plus désirable par les clients eux-mêmes. La bonne nouvelle est que le marché est mûr. Une étude récente du Gifam a révélé que 84% des Français sont d’accord pour payer plus cher un gros électroménager pourvu qu’il dure plus longtemps. Cette attente de durabilité est la porte d’entrée vers l’acceptation des modèles serviciels.

Passer à l’économie de la fonctionnalité n’est pas seulement un défi technique, c’est une transformation profonde de l’entreprise qui doit abattre trois murs principaux : le mur financier, le mur culturel et le mur juridique. Chaque obstacle nécessite des solutions spécifiques pour que la transition soit réussie. Le besoin de capitaux pour financer un parc de produits est réel, la résistance au changement des équipes est un frein humain naturel, et la complexité des contrats de service peut effrayer.

Pour naviguer cette complexité, les entreprises doivent adopter une approche progressive. Elles peuvent commencer par des offres hybrides (produit + services de maintenance), lancer des projets pilotes sur des segments de clients B2B, et développer des partenariats pour mutualiser les risques financiers. La communication est clé : il faut éduquer les équipes et les clients sur les bénéfices du modèle : pas de soucis de panne, maîtrise des coûts, accès à la meilleure technologie et impact environnemental réduit. Le tableau suivant synthétise les principaux défis et les pistes de solution pour les entreprises qui souhaitent s’engager dans cette voie.

Le tableau ci-dessous, inspiré des cadres d’analyse de l’économie circulaire, détaille ces barrières et propose des solutions concrètes pour les surmonter.

Les trois murs à abattre pour réussir la transition vers l’économie de la fonctionnalité
Type de barrière Description du défi Solutions proposées
Mur financier Besoin de capitaux importants pour financer le parc de produits Partenariats financiers, leasing opérationnel, modèles de financement innovants
Mur culturel Résistance au changement des équipes internes et des clients habitués à la possession Formation, communication sur les bénéfices, programmes pilotes
Mur juridique Complexité des contrats de service et responsabilités Développement de nouveaux cadres contractuels, garanties de performance

L’étape suivante pour tout dirigeant est donc d’initier une évaluation stratégique de son modèle d’affaires pour identifier les opportunités concrètes de transformation de ses produits en services performants.

Written by Sophie Delorme, Économiste spécialisée en finances publiques et macroéconomie, experte-comptable de formation avec 18 ans d'expérience dans l'audit des politiques fiscales et le financement de l'innovation. Spécialiste de la dette publique, de la fiscalité des entreprises et de la réindustrialisation.