Published on May 17, 2024

La solution au déficit n’est pas de couper aveuglément dans les budgets, mais de repenser la qualité et la pertinence de chaque euro dépensé.

  • La rigidité des dépenses de fonctionnement, souvent reconduites sans réévaluation, absorbe les ressources qui devraient être allouées aux investissements d’avenir comme la transition écologique ou la recherche.
  • Le “rabot” budgétaire est une fausse solution : il pénalise indistinctement les services performants et les postes de gaspillage, désorganisant l’action publique au lieu de l’optimiser.

Recommandation : Adopter une approche de “chirurgie budgétaire”, comme le Budget Base Zéro (BBZ), pour forcer une réévaluation de chaque ligne de dépense non pas sur la base de l’historique, mais sur sa contribution réelle aux objectifs stratégiques.

L’équation semble insoluble pour tout décideur public, élu local ou citoyen contribuable : comment maîtriser un déficit public abyssal sans dégrader les services essentiels sur lesquels repose le pacte social ? Le débat public oscille souvent entre deux extrêmes caricaturaux. D’un côté, la tentation de l’austérité à travers le “rabot” budgétaire, une méthode brutale qui consiste à appliquer des coupes linéaires sans discernement. De l’autre, la fuite en avant d’un stimulus par la dépense, qui risque d’aggraver une dette déjà colossale. Ces approches ignorent la complexité de la structure des dépenses et l’inefficacité de certaines niches fiscales.

Face à ce constat d’échec, les solutions habituelles montrent leurs limites. Supprimer quelques avantages fiscaux déclenche des levées de boucliers sectorielles, tandis que geler les budgets paralyse l’innovation au sein même de l’administration. Mais si la véritable clé n’était pas dans la quantité de la coupe, mais dans la qualité de l’arbitrage ? Si, au lieu de manier la hache, l’heure était à la chirurgie budgétaire ? Cette approche consiste à analyser la pertinence et le rendement de chaque euro dépensé, à distinguer fondamentalement les dépenses de fonctionnement inertes des investissements d’avenir, et à réformer la structure même de la fiscalité pour l’adapter aux nouvelles réalités économiques.

Cet article propose une feuille de route rigoureuse pour sortir de l’impasse. Nous allons déconstruire les mécanismes qui bloquent l’optimisation des finances publiques et présenter des méthodologies concrètes pour identifier les gaspillages, sanctuariser les investissements stratégiques et rétablir une équité fiscale. L’objectif est de démontrer qu’il est possible de gérer la pénurie de fonds publics avec justice et efficacité, en préservant le cœur des services rendus aux citoyens.

Pour naviguer au cœur de cet enjeu complexe, cet article est structuré pour vous fournir une analyse progressive. Le sommaire ci-dessous vous guidera à travers les mécanismes de la dépense publique, les leviers d’optimisation et les réformes fiscales nécessaires pour un État plus performant et plus juste.

Pourquoi les dépenses de fonctionnement rigides empêchent-elles l’investissement d’avenir ?

Le cœur du problème budgétaire français réside dans la rigidité de sa structure de dépenses. Avec des dépenses publiques représentant 57,1% du PIB en 2024 selon les données de l’INSEE, une part écrasante est pré-allouée à des postes de fonctionnement difficilement compressibles à court terme, principalement les salaires des fonctionnaires et les prestations sociales. Cette inertie budgétaire crée un “effet de cliquet” : les dépenses sont reconduites d’année en année avec des ajustements marginaux, laissant une marge de manœuvre quasi nulle pour financer les nouveaux besoins et les investissements stratégiques.

Cette situation aboutit à un paradoxe dangereux pour la compétitivité du pays. Tandis que les dépenses sociales sont sanctuarisées, les budgets alloués aux secteurs qui préparent l’avenir, comme la transition écologique, la recherche fondamentale ou la modernisation de la justice, deviennent des variables d’ajustement. Comme le souligne Nicolas Laine de l’Institut Montaigne, ce déséquilibre est frappant :

La France consacre désormais plus de 900 milliards d’euros chaque année à la protection sociale, mais trente fois moins à la transition écologique et soixante-dix fois moins à la justice.

– Nicolas Laine, Institut Montaigne – Budget base zéro

Pour briser cette rigidité, une révolution méthodologique est nécessaire. L’approche du Budget Base Zéro (BBZ) offre une solution. Contrairement à la budgétisation traditionnelle, elle oblige chaque administration à justifier l’intégralité de son budget à partir de zéro, comme si aucune dépense n’était acquise. Chaque euro doit être lié à un objectif précis et à une création de valeur mesurable. Cette méthode force les gestionnaires à distinguer les dépenses inertes des dépenses productives, ouvrant ainsi la voie à une réallocation des ressources vers les priorités d’avenir plutôt que vers la simple reconduction de l’existant.

Comment identifier les “niches fiscales” inefficaces à supprimer sans déclencher une fronde sectorielle ?

Les dépenses fiscales, ou “niches”, représentent un autre gisement majeur d’optimisation budgétaire. Elles constituent un manque à gagner colossal pour l’État, évalué à 83,29 milliards d’euros pour 2024 d’après la Cour des comptes. Cependant, s’attaquer à cet ensemble hétéroclite est politiquement périlleux. Chaque niche, qu’il s’agisse d’un crédit d’impôt ou d’une exonération, bénéficie à un groupe d’intérêt spécifique – entreprises, secteurs d’activité ou catégories de ménages – qui défendra ardemment son maintien, rendant toute tentative de suppression frontale explosive.

L’erreur serait de considérer toutes les niches fiscales comme des gaspillages à éliminer. Certaines sont des outils légitimes de politique publique, encourageant l’innovation (Crédit d’Impôt Recherche) ou soutenant l’emploi (aide à domicile). La clé d’une réforme réussie n’est donc pas la suppression systématique, mais une évaluation rigoureuse et indépendante de leur efficacité. Le véritable enjeu est de mesurer si le coût d’une niche est justifié par les bénéfices économiques et sociaux qu’elle génère. Une niche est inefficace non pas parce qu’elle coûte cher, mais parce qu’elle ne remplit pas son objectif initial ou qu’elle produit des effets d’aubaine massifs.

Commission indépendante évaluant l'efficacité des niches fiscales

Pour dépolitiser le débat et fonder les décisions sur des faits, la création d’une commission d’évaluation indépendante est indispensable. Sa mission serait d’auditer périodiquement chaque dispositif fiscal sur la base de critères objectifs : atteinte des objectifs, coût par emploi créé, effets sur la compétitivité, etc. En rendant ses conclusions publiques, elle permettrait d’objectiver le débat et de légitimer la suppression des dispositifs les moins performants, tout en consolidant ceux qui ont prouvé leur utilité. C’est passer d’une logique de confrontation à une logique de rendement de la dépense fiscale.

Austérité ou Stimulus : quelle stratégie budgétaire sauve l’emploi en période de récession ?

En période de crise économique, le débat sur la stratégie budgétaire se polarise autour de deux écoles : l’austérité, visant à rassurer les marchés en réduisant le déficit, et le stimulus (ou relance), visant à soutenir l’activité et l’emploi par la dépense publique. L’histoire économique récente montre qu’aucune de ces deux approches n’est une solution miracle et que leur efficacité dépend crucialement du contexte et du dosage. Une austérité trop brutale peut tuer la croissance naissante et s’avérer contre-productive en réduisant les rentrées fiscales. À l’inverse, un stimulus mal ciblé peut se transformer en “dette stérile” sans effet durable sur l’emploi.

Dans le cas français, le problème est aggravé par un niveau de déficit structurel élevé, même en dehors des périodes de crise. Avec un déficit prévu à 5,8% du PIB selon l’OFCE, le plus élevé de la zone euro en 2024, la France n’a que peu de marges de manœuvre pour une relance massive. Il est donc impératif de sortir de cette opposition binaire pour adopter une approche plus fine. La priorité n’est pas tant de choisir entre “couper” et “dépenser”, mais de s’assurer que chaque euro public injecté dans l’économie ait le multiplicateur budgétaire le plus élevé possible, c’est-à-dire qu’il génère un maximum d’activité économique et d’emplois.

L’analyse de l’OFCE apporte un éclairage crucial à ce sujet, en déconstruisant une idée reçue. Le creusement du déficit n’est pas toujours dû à une envolée des dépenses.

La dégradation du solde structurel observée entre 2017 et 2024 s’explique essentiellement par la baisse non financée des prélèvements obligatoires, et non par une dérive des dépenses publiques primaires.

– OFCE, Observatoire français des conjonctures économiques

Cela signifie qu’une stratégie efficace en récession pourrait consister à maintenir un niveau ciblé de dépenses d’investissement (infrastructures vertes, numérique) qui ont un fort effet d’entraînement, tout en finançant ces mesures par la suppression de baisses d’impôts inefficaces ou la réforme de niches fiscales coûteuses. Il s’agit d’une politique de “qualité” de la dépense et de la recette, plutôt que d’une politique de “volume”.

L’erreur du “rabot” transversal qui désorganise les services performants autant que les gaspilleurs

Face à l’urgence de réduire les dépenses, la méthode du “rabot” budgétaire est souvent la plus simple à mettre en œuvre politiquement : on applique une baisse uniforme de X% à tous les ministères et administrations. Si cette approche donne l’illusion de l’équité – tout le monde contribue à l’effort –, elle est en réalité l’une des plus destructrices pour la qualité du service public. Le rabot est une technique aveugle qui ne fait aucune distinction entre une administration performante et innovante et une autre, gangrenée par la bureaucratie et le gaspillage. En coupant de manière indifférenciée, on pénalise l’efficience et on décourage l’initiative.

Un service public qui a déjà optimisé ses processus et réduit ses coûts se verra amputé de moyens essentiels, ce qui dégradera sa performance. À l’inverse, une structure inefficace pourra se contenter de sacrifier des projets marginaux sans jamais remettre en cause son fonctionnement de fond. Le résultat est une désorganisation généralisée et une perte de motivation des agents publics les plus engagés. L’approche du rabot ignore un principe de base de la gestion : on ne pilote pas une organisation complexe avec un seul indicateur. Il faut au contraire différencier l’analyse.

L’approche du budget climat base zéro : un exemple de ciblage

Pour éviter les coupes aveugles, l’institut I4CE propose une méthode de “budget climat base zéro” qui peut être généralisée. Plutôt que de demander “où couper ?”, la méthode pose trois questions séquentielles : où la dépense publique est-elle indispensable ? Comment la rendre plus efficace pour atteindre ses objectifs ? Quelles sont les priorités claires en cas de ressources limitées ? Cette approche, appliquée au climat, permet de s’assurer que les coupes budgétaires ne sacrifient pas les investissements essentiels à la transition écologique. Elle illustre parfaitement comment une analyse fine peut remplacer le rabot uniforme, en protégeant les fonctions stratégiques et en ciblant les efforts de rationalisation là où ils sont pertinents.

Pour sortir de cette logique délétère, il est impératif d’adopter des outils de pilotage différenciés. Cela passe par une évaluation fine de la performance de chaque service, non seulement sur des critères comptables, mais aussi sur la qualité du service rendu aux usagers. Voici un plan d’action pour une approche chirurgicale.

Plan d’action pour une coupe budgétaire intelligente

  1. Établir des contrats d’objectifs et de moyens différenciés, en exigeant plus des services moins performants et en donnant plus d’autonomie aux plus efficaces.
  2. Mettre en place un benchmark (analyse comparative) collaboratif pour que les administrations similaires partagent leurs bonnes pratiques en matière de gestion.
  3. Accorder une plus grande autonomie budgétaire aux services qui démontrent une gestion rigoureuse et des résultats probants.
  4. Lancer des missions d’audit ciblées sur les services identifiés comme peu efficaces pour accompagner leur transformation, plutôt que de couper aveuglément.
  5. Repenser les parcours usagers de bout en bout pour identifier et éliminer les tâches administratives sans valeur ajoutée qui consomment du temps et des ressources.

Quand voter une loi de programmation pluriannuelle pour sanctuariser les budgets de la recherche ?

Dans un contexte de forte contrainte budgétaire, avec une dette publique qui atteint 113,0% du PIB, la visibilité à long terme devient un enjeu stratégique. Les investissements d’avenir, comme la recherche fondamentale, la transition énergétique ou la formation, ont un cycle long. Leur efficacité dépend de la continuité du financement sur plusieurs années. Or, le principe de l’annualité budgétaire, qui veut que le budget soit voté chaque année, crée une incertitude permanente qui est toxique pour ces secteurs. Les directeurs de laboratoires et les chefs de projets innovants ne peuvent pas engager de stratégies ambitieuses s’ils craignent que leur financement soit remis en cause douze mois plus tard.

C’est ici que les lois de programmation pluriannuelle prennent tout leur sens. Ces lois permettent de fixer, pour une période de 3 à 5 ans, des trajectoires de dépenses pour des missions prioritaires de l’État. Elles ne se substituent pas au vote annuel du budget, mais elles créent un engagement politique fort et donnent de la visibilité aux acteurs. En sanctuarisant les crédits alloués à la recherche, à la défense ou aux infrastructures critiques, l’État envoie un signal clair : ces domaines sont considérés comme non négociables, car ils conditionnent la souveraineté et la compétitivité future du pays.

Laboratoire de recherche français moderne symbolisant l'investissement dans l'innovation

Le moment idéal pour voter une telle loi est au début d’une mandature, pour fixer un cap stratégique clair. Cependant, même en cours de mandat, face à une crise ou à un besoin urgent de réorienter les priorités nationales, une loi de programmation peut être un outil puissant pour protéger l’investissement de l’instabilité politique et des arbitrages de court terme. C’est un acte de management stratégique qui dissocie le temps long de l’innovation du temps court de la politique politicienne. Sanctuariser ne signifie pas dépenser sans compter, mais garantir une stabilité qui est, en soi, une condition de l’efficacité de la dépense.

L’erreur de ciblage budgétaire qui gaspille 15% des fonds d’aide au développement local

Le gaspillage des fonds publics ne provient pas toujours de dépenses somptuaires ou de fraudes, mais souvent d’une erreur plus insidieuse : le mauvais ciblage des aides. C’est particulièrement vrai au niveau des collectivités locales, dont la contribution à la dette publique a augmenté de +13,8 milliards d’euros en un an. De nombreuses subventions et aides destinées à stimuler le développement économique local, l’emploi ou la transition écologique manquent leur cible et finissent par financer des projets qui se seraient faits de toute façon (effet d’aubaine) ou qui n’ont qu’un impact marginal.

L’exemple typique est celui des aides à la création d’entreprise distribuées sans analyse fine du projet, ou des subventions à la rénovation énergétique accordées sans vérifier la performance réelle des travaux. On estime que jusqu’à 15% de certains fonds d’aide pourraient être considérés comme gaspillés en raison d’un ciblage insuffisant. Cette déperdition s’explique par plusieurs facteurs : la complexité administrative qui décourage les porteurs de projets les plus pertinents mais les moins structurés, le manque de moyens pour évaluer ex-ante la viabilité des projets, et parfois une logique de “guichet” où les fonds sont distribués sur la base du “premier arrivé, premier servi” plutôt que sur la pertinence.

Pour remédier à cette situation, il est crucial d’inverser la logique. Au lieu d’une distribution passive de subventions, les collectivités doivent adopter une approche proactive de “l’investissement local”. Cela signifie définir des priorités stratégiques claires (par exemple, soutenir la filière hydrogène plutôt que de saupoudrer les aides), conditionner les aides à des résultats mesurables (emplois créés, tonnes de CO2 évitées), et accompagner les porteurs de projet pour maximiser leurs chances de succès. Il s’agit de passer d’une administration qui distribue à une administration qui investit et qui pilote. Le Budget Base Zéro, évoqué précédemment, trouve ici aussi sa pertinence en forçant à se demander : “cette ligne de subvention est-elle vraiment le moyen le plus efficace d’atteindre notre objectif de développement local ?”.

Impôt sur la production ou sur le bénéfice : lequel penalise le plus l’industrie nationale ?

La question des dépenses n’est qu’une facette de l’équation budgétaire. La structure des recettes, et notamment la nature des impôts, joue un rôle tout aussi crucial dans la compétitivité d’une économie. À cet égard, le débat entre imposer la production ou imposer les bénéfices est central, particulièrement pour le secteur industriel. La France se caractérise par un poids très élevé des impôts de production (CVAE, CFE, IFER, etc.), qui sont assis sur des éléments comme la valeur ajoutée, la masse salariale ou le capital physique, indépendamment du résultat de l’entreprise.

Cette particularité a des conséquences directes et pénalisantes. Un impôt de production est dû même si l’entreprise est en perte. Il se comporte comme un coût fixe qui handicape les entreprises industrielles, fortement capitalistiques, dès le début de leur cycle de production. En période de crise ou de faible rentabilité, il peut aggraver les difficultés et freiner l’investissement, car il taxe l’outil de travail avant même qu’il n’ait généré de profit. À l’inverse, l’impôt sur les sociétés (IS), assis sur les bénéfices, est par nature plus flexible. Il s’adapte au cycle économique : l’entreprise ne paie d’impôt que si elle est profitable. Il est donc moins pénalisant pour l’investissement et la prise de risque.

Le tableau suivant synthétise les différences fondamentales entre ces deux types de prélèvements.

Comparaison impôt production vs impôt sur les bénéfices
Critère Impôt de production Impôt sur les bénéfices
Base d’imposition Outil de travail/capital Résultat net
Impact sur l’investissement Pénalisant (taxe même en perte) Neutre (taxe sur profit)
Adaptabilité au cycle Rigide Flexible
Risque d’optimisation Faible Élevé (transfert de prix)
Impact compétitivité Fort (coûts fixes) Modéré

Un arbitrage structurel en faveur d’une baisse des impôts de production, financée par un élargissement de l’assiette de l’impôt sur les sociétés (par exemple en réformant certaines niches de l’IS), pourrait donc constituer un levier puissant pour relancer l’industrie nationale sans forcément diminuer les recettes fiscales globales. C’est un choix de politique fiscale qualitative qui vise à rendre l’impôt plus intelligent et moins pénalisant pour l’appareil productif.

À retenir

  • La clé pour maîtriser le déficit n’est pas de couper uniformément mais de distinguer les dépenses de fonctionnement inertes des investissements d’avenir (recherche, écologie), qui doivent être sanctuarisés.
  • Remplacer le “rabot” budgétaire par des méthodes d’évaluation rigoureuses comme le Budget Base Zéro (BBZ) est essentiel pour cibler les gaspillages sans pénaliser les services publics performants.
  • La réforme des recettes est aussi cruciale que la maîtrise des dépenses : un arbitrage fiscal en faveur d’une baisse des impôts de production et d’une taxation plus juste du numérique peut améliorer la compétitivité sans réduire les rentrées globales.

Comment adapter la fiscalité nationale aux géants du numérique pour rétablir une concurrence loyale ?

La réduction du déficit ne peut se limiter à l’examen des dépenses traditionnelles. Elle doit impérativement intégrer une réflexion sur l’adaptation de la fiscalité à l’économie du XXIe siècle, dominée par les géants du numérique (GAFAM). Ces entreprises multinationales, par leur nature dématérialisée, exploitent les failles des conventions fiscales internationales, conçues pour une économie physique. Elles parviennent à localiser leurs profits dans des juridictions à très faible imposition, comme l’Irlande ou le Luxembourg, payant ainsi un montant d’impôt dérisoire dans les pays où elles réalisent pourtant l’essentiel de leur chiffre d’affaires, comme la France.

Cette situation crée une double injustice. D’une part, un manque à gagner fiscal majeur pour les États, qui se chiffre en milliards d’euros chaque année. D’autre part, une distorsion de concurrence inéquitable : les entreprises locales, qu’il s’agisse de libraires, de commerçants ou de PME industrielles, paient leurs impôts au taux normal, tandis que leurs concurrents mondialisés bénéficient d’un avantage fiscal colossal. Rétablir une concurrence loyale est donc autant un enjeu de justice sociale que de finances publiques.

Représentation symbolique de l'équilibre fiscal entre économie traditionnelle et numérique

Face à la lenteur des négociations internationales (menées par l’OCDE), plusieurs pays, dont la France, ont tenté de mettre en place des taxes nationales sur les services numériques. Si ces initiatives ont le mérite de poser le problème, leur efficacité reste limitée et elles peuvent créer des tensions commerciales. La solution la plus durable passe par un accord international sur un impôt mondial minimum et, surtout, sur une nouvelle clé de répartition des droits à imposer. Il ne s’agirait plus de taxer les entreprises là où elles ont leur siège social, mais là où elles créent de la valeur et réalisent leurs ventes. Mener ce combat pour une souveraineté fiscale numérique est une composante essentielle d’une stratégie budgétaire moderne et équitable.

En définitive, réduire le déficit tout en préservant l’essentiel n’est pas une question de magie comptable, mais de courage politique et de rigueur méthodologique. Pour mettre en pratique ces principes, l’étape suivante consiste à engager une évaluation objective et transparente de vos propres structures de coûts et de recettes, en appliquant les outils de la chirurgie budgétaire pour fonder chaque décision sur la valeur ajoutée réelle pour le citoyen.

Written by Sophie Delorme, Économiste spécialisée en finances publiques et macroéconomie, experte-comptable de formation avec 18 ans d'expérience dans l'audit des politiques fiscales et le financement de l'innovation. Spécialiste de la dette publique, de la fiscalité des entreprises et de la réindustrialisation.