
Contrairement à l’idée reçue, la solution n’est pas de choisir entre le digital et le guichet, mais de construire un écosystème “phygital” où chaque canal trouve sa juste place.
- L’illectronisme touche des profils bien plus variés qu’on ne le pense, rendant l’approche “tout-numérique” socialement dangereuse.
- La clé est de réorienter l’agent humain vers des missions à forte valeur ajoutée (conseil, complexité, détresse sociale) que le digital ne peut pas gérer.
Recommandation : Pensez la transformation non pas comme un remplacement, mais comme une évolution des métiers et des canaux, en co-construisant les solutions avec les usagers et les agents.
La scène est familière : un formulaire en ligne qui refuse de se valider, un jargon administratif incompréhensible, et l’impression d’être seul face à un mur numérique. La promesse d’une administration accessible 24/7 depuis son canapé se heurte souvent à une réalité plus complexe, générant frustration et exclusion. Cette tension est au cœur de la transformation numérique de l’État : comment moderniser les services publics sans abandonner ceux pour qui le digital est un obstacle ? Pour beaucoup, la réponse semble binaire : soit on pousse le “tout-numérique”, soit on s’accroche aux guichets physiques traditionnels.
Cette opposition stérile masque cependant l’enjeu réel. On pointe souvent du doigt la “résistance au changement” des agents ou la “fracture numérique” des seniors, des clichés qui simplifient un problème bien plus profond. Ces visions partielles oublient que même les usagers les plus connectés peuvent se retrouver démunis face à la complexité d’une démarche mal conçue. La vraie question n’est donc pas de savoir s’il faut choisir entre le digital et l’humain, mais comment les faire collaborer intelligemment.
Et si la clé résidait dans la création d’un écosystème phygital ? Une approche où le numérique gère l’efficace et le transactionnel, pour libérer le précieux temps des agents afin qu’ils se concentrent sur l’essentiel : le conseil, l’accompagnement des cas complexes et la gestion des situations de détresse. Cet article propose d’explorer cette voie, en analysant les racines du problème pour construire des solutions centrées sur l’expérience réelle des usagers et des agents. Nous verrons comment simplifier, accompagner et réinventer le service public pour qu’il soit à la fois moderne et profondément humain.
Cet article explore en profondeur les défis et les solutions pour concilier la modernisation numérique et le maintien indispensable d’une présence humaine. À travers l’analyse des causes de la fracture numérique, des méthodes de simplification et des exemples concrets, nous dessinerons les contours d’un service public du futur, plus juste et plus efficace pour tous.
Sommaire : La transformation numérique de l’État : concilier digital et guichets
- Pourquoi 13 millions de citoyens sont-ils incapables de faire leurs démarches en ligne ?
- Comment simplifier le langage administratif (FALC) pour le rendre compréhensible par tous ?
- Robot ou Agent : quel canal privilégier pour traiter les situations de détresse sociale ?
- Le risque de lancer une plateforme nationale sans test utilisateur réel (l’exemple du Louvois)
- Problème de résistance au changement : comment transformer les agents de guichet en conseillers numériques ?
- Pourquoi la télémédecine ne remplacera jamais totalement le médecin de famille dans les villages isolés ?
- Le danger de dématérialiser les services publics sans accompagner les 15% d’illectronistes
- Comment lutter concrètement contre les déserts médicaux et scolaires en zone rurale ?
Pourquoi 13 millions de citoyens sont-ils incapables de faire leurs démarches en ligne ?
Le chiffre est souvent brandi comme l’étendard de la “fracture numérique”, mais sa réalité est bien plus nuancée qu’il n’y paraît. Quand on parle d’illectronisme, l’image d’une personne âgée, isolée et sans ordinateur, vient immédiatement à l’esprit. Si cette réalité existe, elle ne représente qu’une fraction du problème. En France, l’illectronisme, ou l’incapacité à utiliser les outils numériques, est une réalité complexe et multifactorielle. Selon les données de 2021, 15,4% des personnes de 15 ans ou plus sont concernées, ce qui représente bien plus que la seule population senior.
En effet, une analyse plus fine des profils révèle une diversité surprenante. Une étude de l’Observatoire des inégalités montre que si 62% des plus de 75 ans sont effectivement touchés, 2,4% des 15-24 ans le sont également. L’illectronisme est avant tout une fracture sociale et culturelle : les non-diplômés ont 7 fois plus de risques d’être concernés que les diplômés du supérieur, et les 20% les plus modestes sont 6,6 fois plus touchés que les 20% les plus aisés. Il ne s’agit donc pas seulement d’un manque de matériel, mais aussi d’un manque de compétences, de confiance en soi et d’un sentiment d’illégitimité face à un univers digital perçu comme hostile ou complexe.

Cette diversité des profils démontre l’échec d’une approche “taille unique”. Penser que l’illectronisme se résoudra avec le temps et le renouvellement des générations est une illusion. Le problème n’est pas seulement générationnel, il est structurel. L’enjeu n’est donc pas de “forcer” ces 13 millions de personnes à entrer dans le moule numérique, mais de concevoir un système de service public qui reconnaisse leur existence et propose des alternatives viables, humaines et accessibles pour garantir à chacun l’accès à ses droits fondamentaux.
Comment simplifier le langage administratif (FALC) pour le rendre compréhensible par tous ?
L’un des obstacles les plus insidieux à l’autonomie numérique n’est pas l’outil, mais le contenu lui-même. Un citoyen peut parfaitement maîtriser la navigation sur un site web, mais rester totalement désemparé face à des termes comme “rescrit fiscal”, “forfait post-stationnement” ou “droit de préemption urbain”. Cette complexité linguistique crée une barrière invisible mais redoutable, qui transforme une simple démarche en un véritable parcours du combattant. Un rapport sénatorial sur l’illectronisme a révélé que 44% des Français rencontrent des difficultés pour accomplir leurs démarches en ligne, un chiffre qui prouve que le problème va bien au-delà de la seule maîtrise technique.
Face à ce constat, une approche gagne du terrain : la simplification radicale du langage, incarnée par la méthode FALC (Facile à Lire et à Comprendre). L’idée n’est pas de “vulgariser” ou de simplifier à l’excès, mais de rendre l’information accessible au plus grand nombre sans la dénaturer. Le principe est de se mettre à la place de l’usager qui ne connaît rien au sujet et de lui fournir une information claire, directe et actionnable. Cela passe par des actions concrètes :
- Remplacer le jargon administratif par des mots du quotidien (par exemple, “domicile” devient “le lieu où vous habitez”).
- Utiliser des phrases courtes, avec une seule idée par phrase, ne dépassant pas 15 mots.
- Structurer visuellement l’information avec des titres clairs, des listes à puces et des espaces pour aérer le texte.
- Intégrer des pictogrammes universels pour illustrer les concepts et guider la lecture.
- Tester systématiquement les documents produits auprès de panels d’usagers, en incluant des personnes en difficulté de lecture ou en situation de handicap.
Adopter le FALC n’est pas un simple exercice de style, c’est un changement de paradigme. C’est reconnaître que la responsabilité de la compréhension ne doit pas reposer sur les épaules de l’usager, mais sur celles de l’administration qui émet le message. En rendant le langage plus clair, on réduit le stress, le nombre d’erreurs dans les dossiers, les appels aux services d’aide et, in fine, on renforce l’autonomie et la dignité des citoyens.
Robot ou Agent : quel canal privilégier pour traiter les situations de détresse sociale ?
La question de l’automatisation dans les services publics est souvent présentée comme un choix binaire. D’un côté, le chatbot ou l’agent conversationnel, disponible 24/7, capable de répondre instantanément à des milliers de requêtes simples. De l’autre, l’agent humain, avec son expertise, son empathie, mais aussi ses contraintes d’horaires et son coût. Plutôt que de les opposer, une approche phygitale intelligente consiste à définir le rôle de chacun en fonction de la nature de la demande. Pour une question simple comme “Quels sont les horaires d’ouverture ?”, le robot est imbattable. Mais que se passe-t-il lorsque la demande cache une situation de détresse ?
L’enjeu n’est pas seulement technique, il est profondément humain. Un robot peut être programmé pour détecter des mots-clés liés à la détresse, mais il ne percevra jamais l’hésitation dans une voix, la panique dissimulée derrière une question en apparence anodine ou la complexité d’une situation personnelle. C’est ici que la valeur ajoutée de l’agent humain devient non seulement utile, mais indispensable.
Pour mieux comprendre, examinons une comparaison directe des deux canaux pour l’accompagnement social :
| Critères | Robot/Chatbot | Agent humain |
|---|---|---|
| Disponibilité | 24h/24, 7j/7 | Horaires de bureau |
| Temps de réponse | Immédiat | Variable (attente possible) |
| Traitement demandes simples | Très efficace (80% de résolution) | Efficace mais chronophage |
| Situations complexes | Limité, nécessite escalade | Expertise et adaptation |
| Détection de détresse | Par mots-clés uniquement | Empathie et intuition |
| Coût par interaction | Faible après investissement initial | Élevé mais justifié |
Ce tableau le montre clairement : les deux canaux sont complémentaires. Le robot est un excellent outil de premier niveau pour filtrer les demandes et traiter 80% des questions fréquentes. Ce faisant, il ne remplace pas l’agent, il le valorise. Il lui libère un temps précieux pour se consacrer aux 20% de cas complexes où son écoute, son intuition et sa capacité à créer un lien de confiance sont irremplaçables. Comme le soulignait Nadège Havet dans un rapport sénatorial, “Le contact humain (guichet physique, accueil téléphonique) reste indispensable” pour les situations qui dépassent le cadre d’un script.
Le risque de lancer une plateforme nationale sans test utilisateur réel (l’exemple du Louvois)
L’histoire de l’informatique publique française est jalonnée de projets pharaoniques qui, malgré des budgets colossaux, se sont soldés par des échecs retentissants. L’exemple du système de paie des militaires Louvois est emblématique : un projet développé “en tunnel” pendant des années, sans confrontation avec le terrain, qui a provoqué des milliers d’erreurs et un chaos administratif à sa mise en service. Cet échec illustre un risque majeur de la transformation numérique à grande échelle : celui de concevoir une solution parfaite sur le papier, mais totalement inadaptée aux réalités des utilisateurs finaux, qu’ils soient agents ou usagers.
Face à ce modèle de “grand soir numérique”, une approche radicalement différente a émergé, incarnée par l’incubateur de services publics beta.gouv.fr. Leur philosophie est à l’opposé de l’effet tunnel : commencer petit, très petit. Il s’agit de développer un “Produit Minimum Viable” (MVP) qui ne répond qu’à un seul besoin, mais qui le fait bien. Cette première version est ensuite immédiatement testée par une poignée d’utilisateurs réels. Les retours, qu’ils soient positifs ou négatifs, permettent d’ajuster, de corriger et d’améliorer le service de manière continue et rapide. C’est cette méthode de co-construction et d’itération qui a permis le succès de services comme FranceConnect ou data.gouv.fr, en impliquant dès le départ les futurs usagers dans la conception.

Cette culture du test et de l’humilité est la meilleure assurance contre les dérives des grands projets. Elle permet de s’assurer que le service répond à un vrai besoin, qu’il est compréhensible et utilisable par sa cible. Le succès du réseau France Services, qui combine présence humaine et outils numériques, en est une preuve. Le taux de satisfaction de 94% des usagers ne vient pas de nulle part : il est le fruit d’un modèle pensé pour et avec les territoires, où la technologie est un outil au service de la relation humaine, et non une fin en soi.
Problème de résistance au changement : comment transformer les agents de guichet en conseillers numériques ?
L’un des freins les plus souvent cités à la transformation des services publics est la “résistance au changement” des agents. Cette vision est non seulement réductrice, mais elle est surtout fausse. Ce que l’on perçoit comme de la résistance est bien souvent l’expression d’une angoisse légitime : la peur de l’inconnu, la crainte de voir son métier et ses compétences devenir obsolètes, et le sentiment de ne pas être équipé pour faire face aux nouvelles missions. L’enjeu n’est donc pas de “vaincre” une résistance, mais de proposer un véritable parcours de transformation qui accompagne les agents et valorise leur rôle.
L’objectif est clair : faire évoluer le métier d’agent de guichet, souvent cantonné à des tâches répétitives et transactionnelles, vers celui de conseiller numérique. Ce nouveau rôle est au cœur de la stratégie phygitale. Le conseiller numérique n’est pas un simple “assistant informatique”. C’est un médiateur, un traducteur et un pédagogue qui aide les usagers à devenir plus autonomes. Il diagnostique les difficultés, oriente vers les bonnes ressources et, surtout, rassure. La création de plus de 8 000 postes de conseillers numériques dans les 2 753 maisons France Services témoigne de la volonté de l’État de structurer cette nouvelle profession.
Mais nommer des conseillers ne suffit pas. Pour réussir cette transition, un parcours de formation et de valorisation structuré est indispensable. Il ne s’agit pas d’une simple formation aux outils, mais d’un véritable plan de développement des compétences humaines et pédagogiques.
Plan d’action : Le parcours de transformation des agents en conseillers numériques
- Formation initiale aux outils numériques et aux techniques de médiation (avec un minimum de 5 jours dédiés).
- Mise en place d’une période de tutorat d’au moins un mois avec un conseiller expérimenté pour un partage de pratiques concret.
- Développement d’une spécialisation progressive en fonction des publics les plus fragiles (seniors, entrepreneurs, personnes en situation de handicap).
- Obtention d’une certification reconnue, associée à une revalorisation salariale pour légitimer et pérenniser le nouveau statut.
- Organisation d’une formation continue obligatoire et animation d’un réseau pour le partage constant de bonnes pratiques.
En investissant dans ses agents, l’État ne se contente pas de moderniser ses services. Il réaffirme la primauté de l’humain et transforme une potentielle source de tension en un puissant levier de réussite pour une inclusion numérique juste et efficace.
Pourquoi la télémédecine ne remplacera jamais totalement le médecin de famille dans les villages isolés ?
L’analogie avec la télémédecine est particulièrement éclairante pour comprendre les limites du “tout-numérique” dans les services publics. La téléconsultation est une avancée formidable : elle permet d’obtenir un avis rapide, de renouveler une ordonnance ou de consulter un spécialiste sans se déplacer. Elle a prouvé son utilité, notamment dans les zones où les médecins se font rares. Pourtant, personne n’imaginerait sérieusement qu’elle puisse remplacer totalement le médecin de famille. Pourquoi ? Parce que la relation de soin, comme la relation de service public, repose sur des éléments que l’écran ne peut pas transmettre.
Un médecin de famille, c’est une connaissance du patient sur le long terme, une capacité à déceler des signaux faibles (une attitude, un non-dit), et un examen clinique qui engage le toucher et l’observation directe. De la même manière, un agent de service public expérimenté peut comprendre la situation d’un usager bien au-delà des informations qu’il renseigne dans un formulaire. Le contact humain apporte une dimension de réassurance, de confiance et d’empathie qui est fondamentale, surtout pour les publics les plus fragiles ou les situations les plus anxiogènes.
La solution n’est donc pas dans l’opposition, mais dans l’hybridation. Le modèle des Maisons France Services en zone rurale en est un excellent exemple. Dans ces territoires, où 60% des 2700 structures sont implantées, le modèle combine la présence physique d’agents polyvalents, qui sont le premier point de contact humain, avec des systèmes de visioconférence assistée. L’usager n’est pas seul face à son écran ; il est accompagné par un agent qui l’aide à se connecter avec un expert distant (de la CAF, de l’Assurance Maladie…). Ce modèle phygital permet de maintenir le lien humain essentiel tout en donnant accès à une expertise spécialisée. Il est la preuve que le maillage territorial physique reste une force, comme le confirme le fait que 95% des Français ont une maison France Services à moins de 20 minutes de chez eux.
Le danger de dématérialiser les services publics sans accompagner les 15% d’illectronistes
Pousser la dématérialisation à marche forcée sans construire en parallèle des filets de sécurité robustes pour les personnes éloignées du numérique n’est pas seulement une erreur technique, c’est une faute sociale. Le principal danger est l’augmentation massive du non-recours aux droits. Lorsqu’une personne ne parvient pas à faire sa demande d’aide au logement, de prime d’activité ou d’allocation handicap, elle ne disparaît pas des statistiques de chômage, mais elle perd un droit essentiel. Selon l’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme en 2024, 16 millions de personnes de 18 ans et plus sont éloignées du numérique. Ignorer cette réalité, c’est prendre le risque de laisser des millions de citoyens sur le bord de la route, avec un coût social et humain bien supérieur aux économies réalisées par la fermeture d’un guichet.
La déshumanisation et la complexité des interfaces numériques créent une forme d’épuisement administratif qui pousse de nombreuses personnes à l’abandon. Ce phénomène ne touche pas que les personnes sans accès à internet, mais aussi celles qui sont dépassées par la complexité des procédures, qui n’ont pas de scanner ou d’imprimante, ou qui n’ont simplement pas la confiance nécessaire pour transmettre leurs données personnelles en ligne.

Heureusement, face à ce risque, de nombreuses initiatives innovantes voient le jour pour recréer du lien et accompagner les plus fragiles. Ces solutions prouvent qu’il est possible de concilier modernisation et solidarité :
- Le dispositif Aidants Connect, qui forme des professionnels du secteur social pour qu’ils puissent réaliser les démarches en ligne de manière sécurisée pour le compte des usagers.
- Les bus France Services itinérants, qui aménagent des véhicules pour sillonner les zones rurales les plus isolées et apporter le service public au plus près des habitants.
- Les écrivains publics numériques, qui tiennent des permanences dans les mairies ou les centres sociaux pour aider à la rédaction de courriels ou au remplissage de formulaires complexes.
- Le Pass numérique, un système de chèques prépayés qui permet de financer des heures de formation au numérique auprès d’organismes agréés.
Ces dispositifs ne sont pas des solutions “palliatives” ; ils sont au contraire le cœur battant d’un service public qui refuse de choisir entre efficacité et humanité. Ils constituent la preuve qu’un accompagnement actif est la condition indispensable à une transformation numérique réussie.
À retenir
- La “fracture numérique” n’est pas seulement générationnelle ; elle est avant tout sociale et culturelle, touchant des profils très variés.
- La solution n’est pas “numérique OU guichet”, mais un écosystème phygital où chaque canal est optimisé pour son rôle (efficacité pour le digital, complexité pour l’humain).
- La transformation réussie passe par la revalorisation du rôle de l’agent, qui doit évoluer du statut d’opérateur à celui de conseiller-médiateur à haute valeur ajoutée humaine.
Comment lutter concrètement contre les déserts médicaux et scolaires en zone rurale ?
La lutte contre les “déserts” de services publics, qu’ils soient administratifs, médicaux ou éducatifs, ne peut se satisfaire d’une réponse unique et centralisée. La clé du succès réside dans une approche pragmatique et multiforme, capable de s’adapter aux spécificités de chaque territoire. L’erreur serait de croire qu’une seule solution, comme l’ouverture systématique de Maisons France Services, peut répondre à tous les besoins. La réalité du terrain impose de combiner différentes stratégies pour créer un maillage de services dense et résilient.
Des solutions ingénieuses, comme les camping-cars France Services, montrent la voie. Ces unités mobiles, qui regroupent plusieurs administrations, parcourent les zones les plus isolées et tiennent des permanences hebdomadaires dans les villages. Ce modèle “hub-and-spoke” (un centre expert et des points de contact distribués) permet d’optimiser les ressources humaines tout en maintenant une présence physique régulière et rassurante. C’est la reconnaissance que si l’usager ne peut pas venir au service public, c’est au service public de venir à lui.
Pour les décideurs locaux, il s’agit de composer la meilleure “boîte à outils” en fonction de leur budget, de leur géographie et de la démographie de leur population. Chaque solution a ses avantages, ses limites et ses coûts, comme le montre la comparaison suivante :
| Type de solution | Avantages | Limites | Coût annuel moyen |
|---|---|---|---|
| Maison France Services fixe | Permanence, polyvalence | Coût immobilier | 50 000€ |
| Bus itinérant | Flexibilité, proximité | Fréquence limitée | 35 000€ |
| Permanences en mairie | Utilise l’existant | Disponibilité agents | 20 000€ |
| Visioconférence assistée | Expertise distante | Nécessite accompagnement | 15 000€ |
En définitive, réussir la transformation numérique de l’État tout en maintenant des guichets physiques, c’est accepter la complexité. C’est renoncer à l’illusion d’une solution magique pour embrasser une logique d’expérimentation, d’adaptation et d’hybridation. C’est comprendre que la technologie est un outil formidable pour rendre l’administration plus efficace, mais que la valeur ultime du service public résidera toujours dans sa capacité à créer du lien, à accompagner les plus fragiles et à incarner la solidarité républicaine dans chaque interaction, qu’elle soit digitale ou humaine.
Pour mettre en pratique ces stratégies, l’étape suivante consiste à évaluer la complémentarité des canaux au sein de votre service ou de votre collectivité, afin de construire une expérience usager qui soit véritablement et durablement inclusive.